Premier inédit de la campagne BAD 25 à être dévoilé au grand public en tant que piste bonus du nouveau CD single de I Just can’t Stop Loving You single, Don’t Be Messin’ ‘Round est en fait une chanson qui a déjà sa petite histoire auprès des fans de Michael Jackson et des connaisseurs. En juillet 2009, le légendaire Bruce Swedien, ingénieur du son et collaborateur de longue date du Roi de la Pop, avait répondu aux questions du chroniqueur Roger Friedman. Il lui avait alors déclaré que Don’t Be Messin’ ‘Round était incroyable : « Michael joue du piano dessus et c’est tout simplement beau. (…) Oh mon dieu, il n’y a rien de comparable ». Fait souvent méconnu ou sous estimé, Jackson n’hésitait pas à jouer de quelques instruments sur ses chansons; ainsi, il s’installe derrière la batterie sur Morphine et s’essaie aux synthétiseurs sur Children’s Holiday, titre oublié et sous estimé qu’il a cédé au groupe J-Friends en 1998 (il a également enregistré ce titre lui-même).

Jusqu’à présent, le seul ouvrage anglo-saxon à avoir listé cette chanson est la guide For The Record, abécédaire de référence sur la carrière du Roi de la Pop publié en anglais. Un très court extrait s’est frayé un chemin sur la toile, plus précisément sur YouTube. Tout le monde en était resté là. Jusqu’à présent.

Swedien avait assuré que la chanson était pressentie pour l’album Thriller. Elle n’a finalement pas été retenue. Jackson, comme d’autres artistes, avait pour habitude de développer une chanson et de la mettre de côté à la dernière minute afin de maintenir le concept de ses albums aussi solides que possible. Ces chansons mises de côté se sont souvent révélées être de véritables pièces maitresses de son oeuvre qui ont fini d’être modelées avant d’apparaitre sur d’autres projets. Ainsi, Earth Song, dont le premier titre fut What About us, devait au départ faire partie de Dangerous. Dans le livre KING, l’ingénieur du son Mat Forger explique que Michael avait conçu une trilogie incluant le poème Planet Earth Song et une musique symphonique. Cette dernière séquence reste à ce jour inédite. Earth Song fut finalement retravaillée et a rejoint la tracklist de HIStory en 1995.

Don’t Be Messin’ ‘Round est un titre qui s’est souvent retrouvé sur la console de mixage. Elle fut travaillée pour les albums Thriller et BAD, ainsi que pour d’autres projets. La version qui s’apprête a surgir dans les bacs est en fait la version de 1987, laissée en l’état. Matt Forger s’est occupé du mixage du titre pour BAD 25 et il garantit que la chanson est restée intacte : « j’ai effectué le mix de Don’t Be Messin’ Round à partir des bandes de l’époque. Aucune nouvelle partie fut autorisée, même pas celles conçues après 1987 sous la houlette de Michael ».

Composée et produite par Michael Jackson, Don’t Be Messin’ ‘Round fait partie de ces demos sur lesquelles le Roi de la Pop a pris soin de poser pas mal d’idées mélodiques et rythmiques. Les accords et la rythmiques donnent au titre une ambiance ensoleillée, une sorte de Funk paresseux qui rappelle par moments la demo,originale de P.Y.T. La mélodie emprunte, par moments quelques accents à Streetwalker. Les paroles, majoritairement chantées en yaourt, démontrent qu’il restait encore à MJ de polir cette pépite avant de lui donner une place sur un de ses albums. A partir de 2:23, Jackson lance le « bridge », qui en fait se résume à une partie instrumentale qui dure une bonne minute avant de reprendre le thème simple mais groovy de la chanson. Cette chanson est une nouvelle fenêtre ouverte sur le processus créatif de Michael Jackson, qui, on ne le rappellera jamais assez, couchait ses idées sur un magnétophone avant de travailler ses demos dans son studio personnel souvent accompagné de musiciens pour retranscrire certaines de ses idées.

Don’t Be Messin’ ‘Round est un cadeau offert avant l’arrivée de la réédition BAD 25. L’Estate de Michael Jackson et Sony Music ont conjugué leurs forces pour proposer des enregistrements non retouchés de cette époque mythique. Ok, il y aura tout de même des remixes. Lorsqu’il s’agit des Rois de la musique, il est intéressant de garder un oeil sur le projet gagnant conçu par l’Estate d’Elvis Presley. En 2002, ils ont commercialisé un remix ingénieux de Just A Little Conversation par JXL. D’abord proposé sous la forme d’un single, le titre a rejoint à la dernière minutes le tracklist d’un best of célébrant les 25 ans de la disparition du chanteur. Ce remix a fait vendre ce CD de 31 chansons, une véritable réussite pour ce qui est d’ailleurs le premier remix autorisé par les ayants droit du propriétaire de Graceland. Pour BAD 25, il suffirait uniquement d’un seul remix comme vitrine de l’album original accompagnés de plusieurs demos et morceaux inédits pour produire le même effet commercial dont les maisons de disques ont besoin : un remix qui partirait à l’assaut des clubs et qui séduirait les radios, permettant de célébrer le quart de siècle de BAD tout en s’adressant à un public encore plus large. A suivre…

Richard Lecocq