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Michael Jackson’s This Is It – AEG Live (Distribution Sony Pictures)
DVD – Date de sortie : 01 mars 2010

 

 

« Tu verras, un jour, on va regretter Visionary »… J’avais dit cela à un ami pendant que nous discutions devant un de ces maigres rayons de CD singles dans un magasin de produits culturels parisien…

En  2006, Visionary est accueilli comme une belle boîte sans réelle surprise. Mais, au delà de la démarche purement marketing qui consiste à (re) ressortir une sélection des clips de Michael Jackson sous un format « novateur », le contenu reste validé et certifié par l’artiste. Simple constat.

Depuis le 25 juin, tout ce qui sort des studios ou des presses a désormais un goût amer. This is It essuie les plâtres et se présente au monde comme une maudite pièce de monnaie à la logique immuable : côté pile, le public mais surtout les fans qui tentent de faire leur deuil. Ils ressentent le besoin de rendre un dernier hommage à leur idole (Quoi de plus légitime ?). Impossible d’ignorer cette douleur et cette demande. Côté face, les pontes d’AEG qui doivent, coûte que coûte, récupérer les sommes investies dans cette résidence londonienne.

Posons-nous deux minutes : est-ce que Michael Jackson aurait laissé sortir un film comme This Is It ? Nous parlons du même Michael Jackson qui a laissé au placard les centaines d’heures filmées pendant le légendaire BAD Tour en estimant « qu’il n’en était pas satisfait ». Le même Michael Jackson qui n’a cessé de filmer la plupart de ses séances de travail en studio « pour ses archives personnelles »…

Sur un plan strictement cinématographique, This Is It reste un documentaire aux finitions bas de gamme : pas ou peu d’étalonnage des images, succession de cuts avec ou sans fondu, sans oublier la piste son doublée par des bandes studios des classiques du Roi de la Pop (sans doute pour pallier les faiblesses techniques des rushes). This Is It ne brille que par la présence de Michael Jackson. S’il avait été filmé en train de lire les pages jaunes sur un tabouret, son talent et son charisme auraient également crevé l’écran.

En moins de deux heures, This Is It agit comme du GHB sur le cerveau du spectateur : oubliez les conditions dans lesquelles Michael Jackson a fini par signer cette série de 31 concerts gonflée à 50, passez outre la « politique » de Randy Philips, PDG d’AEG, qui a fait le vide autour du chanteur pendant les dernières semaines de sa vie… La pilule est bien dure à avaler, mais elle est passée comme une lettre à la poste sous couvert de la tristesse infinie et de la curiosité des fans et du public. Acollé à des bonus ridicules, dans lesquels on apprend que « Michael Jackson n’est pas parti en tournée à l’époque d’Invincible à cause des attentats du 11 septembre » (sic), le film glorifie les dernières heures du chanteur passées sur terre : AEG s’est efforcé de mettre les formes (rendre hommage à Michael et à son message) pour ne pas focaliser l’attention sur le fond (les sommes d’argent impliquées sont forcément colossales). Un peu de décence avec beaucoup de marketing… Même si les héritiers n’ont pas encore touché leur dû sur les bénéfices de cette funèbre entreprise.

Que faire finalement de This Is It ? Les fans se sont retrouvés orphelins du jour au lendemain avec ces images mal montées…. Michael avait érigé son oeuvre comme une pyramide impériale. Il est impensable de se dire que ses derniers « producteurs » puissent se permettre d’apporter leur pierre à l’édifice en plaçant une étoile en carton-pâte en son sommet : une fin forcément indigne du respect qu’il portait à son public.

This Is It reste une expérience à vivre sur grand écran, avec tout le pathos qui va avec. C’est une variante des programmes de la télé-réalité, où les émotions et les pulsions prennent le dessus sur la profondeur des sentiments. Réduit aux formats DVD, BluRay et autres disques durs (comme pour lui garantir une durée de vie presqu’ilimitée), « l’oeuvre » aura peut-être du mal à supporter le poids des années. Prenons le film pour ce qu’il est, à savoir le seul moyen raisonnablement accessible pour dire Adieu à l’homme et à l’artiste (et il faudra faire avec la frustration et la tristesse qui vont avec). Le Dernier Empereur s’est éteint. Une partie du grand public s’est enfin réveillée (au risque d’être saturée par une telle surexposition), les fans ont commencé à pleurer… Et les avocats à compter…

– Richard Lecocq – 14/03/2010

 

NOTE : 05/20