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Jackson 5 – I Want You Back! Unreleased Masters / Motown (B0013589-02)
CD – Date de sortie : 10 novembre 2009

 

 

Le coup des vieilles bandes retrouvées dans un coin de studio, Motown nous l’avait déjà fait il y a plus de 20 ans ! C’est même devenu une grosse ficelle marketing, certes usée, mais qui agit toujours avec un certain charme. Mais l’astuce tombe à plat dès la seconde page du livret : « Motown, qu’on se le dise, possède encore dans ses coffres assez de chansons inédites et autres versions alternatives pour nourrir plusieurs camions d’albums dans les années à venir ».

En 12 pistes qui font que ce CD va avoir du  mal à quitter votre platine, I Want You Back! plonge dans les cartons de la Motown pour en extraire une série d’enregistrements rares qui donne une nouvelle vision des interminables heures des Jackson 5 enfermés dans un studio.

Le medley I Want You Back / ABC  / The Love You Save, interprété de 1970 à 1981 sous ce format par le groupe pendant ses tournées, et la version alternative de Never Can Say Goodbye, utilisée en bande playback pour différents shows télé, retranscrivent la précision chirurgicale et le haut niveau des mises en scènes du répertoire le plus rentable du début des années 70.

That’s How Love is et Love Comes In Different Flavors, produits par The Corporation, « auraient » pu sortir en single pour « surfer » sur l’effet ABC : deux hits possibles, mais probablement restés au placard car moins évidents et immédiatement « magiques » que les autres.

Mis en boîte dans les studios de Detroit en mai 1969, soit quelques mois après l’arrivée des Jackson 5 chez Motown, Listen I’ll Tell You How fait monter la tension : en reprenant les trépignements de I Was Made To Love Her et de I’m Losing You, Bobby Taylor fait confiance aux 5 frères et les emmène sur un terrain qu’ils connaissent en fait très bien, celui de la soul brute et sans ambages du nord des Etats-Unis, quelque part sur les routes qui séparent les grandes villes nichées autour des grands lacs.

Man’s Temptation, composé par Curtis Mayfield pour Gene Chandler, continue dans le même registre, mais cette fois-ci, le groupe joue « collectif », chaque membre y allant de sa vocalise. Michael gère l’ensemble, et là encore, son assurance ne fait qu’une bouchée des arrangements sculptés par Taylor.

La version alternative d’ABC n’apporte pas grand chose, et les variations choisies ici détournent le groupe de son originalité : des choeurs un peu trop « sunshine » pour un titre si important sur la carte de visite des Jackson 5, une franchise à part entière. Love Call décline la joie de vivre des frérots sur une ligne téléphonique en saccharose : doux et léger, mais sans plus.

Puis arrive Buttercup : Stevie Wonder fait travailler les Jackson 5 : un fantasme de fan enfin dévoilé et gravé sur galette. La voix de Michael, en pleine mue, se marie bien à la composition. La production est nickel : la balance tranche avec certains automatismes pris par The Corporation. Après Bobby Taylor et Hal Davis, Stevie Wonder se révèle être, sans aucun doute, celui qui a su prendre le plus grand soin du son des 5 frères, en leur laissant assez de place pour s’exprimer.

Lucky Day aurait pu atterrir sur Dancing Machine ou Moving Violation sans rougir, tout en démontrant une nouvelle fois que, sur les dernières années, le groupe avait perdu de son peps.

I’ll Try You’ll Try allonge son tapis de Soul chromé et sonne comme une bouffée d’oxygène inespérée. Loin des textes Bubble Gum livrés clé-en-main par The Corporation, les Jackson 5 abordent ici, sous la houlette de Johnny Bristol, les problèmes d’un monde qui ne cesse de bouger autour du cocon à paillettes qui les étouffe. Entre 1969 et 1975, le groupe n’est que trop rarement autorisé à chanter certains messages que le public est pourtant en droit d’entendre. It’s Too Late To Change The Time (Get It Together, 1973) est l’une des exceptions notoires consentie par Motown, qui devait alors probablement se rendre compte que la maturité croissante du groupe collait de moins en moins avec leur image d’anges du Hit Parade.

Dancing Machine enfile son pantalon pattes d’eph et vient régler ses comptes, histoire de calmer les ardeurs de tout remixeur tenté de revisiter la légende : en 4 minutes et 25 secondes, le hit pré-disco joue les prolongations jouissives. Michael feule : « Dance – Dance ! », « I Like It… » et part dans les adlibs déjà connus mais brillamment agencés. Le final « jamme » tranquille, histoire d’enchaîner quelques ultimes moulinets et une coupole à même le bitume. The End. Le temps d’un album classique et raisonnable (en dessous de 45 minutes), I Want You Back! nous fait voyager en première classe avec un menu préparé à la maison. Encore !

 

Richard Lecocq – 09/11/2009

 

NOTE : 20/20