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Michael Jackson – Thriller the 25th Anniversary Edition
CD + DVD – Date de sortie originale : 11 février 2008

 

Que dire de plus sur Thriller – l’album original ? Plus de 60 millions d’exemplaires vendus, 7 singles tous classés dans le Top 10, 3 clips de légende, 8 Grammy Awards (dont un pour le maudit E.T. Storybook)… Une avalanche de chiffres plus assommants les uns que les autres. La réussite planétaire, voire universelle, d’un jeune homme de 25 ans, dont 20 passés sur les planches. Un succès qui placera son auteur au rang de mégastar incontestée, un titre de champion du monde poids lourd de l’entertainment qu’il s’entêtera de confirmer quelques années plus tard auprès du public en sillonnant le monde seul, sans ses frères (mais c’est une autre histoire). Thriller ou, pour faire court, l’explosion du Roi de la Pop.

En 2001, en guise de teaser à la promo de Invincible, Sony Music (re) sort les 4 albums solos de Michael Jackson sous un format « Special Edition ». Le CD de Thriller permet de découvrir une demo de Billie Jean, qui n’apporte rien à celle disponible sur internet pour les fans en mal d’inédits, une version ultra raccourcie de Carousel et le rap intégral de Vincent Price sur Thriller avec, en bonus, un couplet inexploité à l’époque. Epic réussit également à mettre la main sur Someone In The Dark, la chanson-thème du E.T. Storybook. Pour ficeler l’ensemble, des interviews de Quincy Jones et de Rod Temperton nous livrent quelques anecdotes dignes de Podcasts haut de gamme, mais qui n’ont rien à faire sur un tel CD…. Cette réédition, intéressante, ne regroupe – évidemment – qu’une infime partie des trésors couchés sur bande pendant les « Thriller sessions ».

Fin 2006, perdu en Irlande avec une Raymone Bain qui multiplie les opérations de relations publiques plus hasardeuses les unes que les autres, Michael Jackson se retrouve devant les caméras de Access Hollywood avec le producteur du moment, will.i.am. Tout le monde s’emballe : MJ et Will vont produire un disque ensemble. Le Roi de la Pop travaille sur de nouvelles chansons… Ce reportage, qui se veut rassurant quant à l’inspiration du Maître, ne fait qu’inquiéter ceux qui se hasardent à lire entre les lignes. Trop d’hésitations, trop d’effets d’annonces, sans parler d’un début 2007 passé dans des cérémonies stupides au Japon… Michael n’a décidément pas repris le chemin des studios. De son côté, Sony se rend compte du double anniversaire imminent : Thriller (25 ans) et BAD (20 ans). L’idée est soumise à Jackson. La célébration du quart de siècle de Thriller le motive. Le projet est mis sur rail. Une première ébauche avec les inédits disponibles en piètre qualité depuis trop longtemps dans le circuit pirate voit le jour. Seul un remix est alors envisagé en guise d’épilogue Dance Floor susceptible d’accrocher les plus jeunes et les radios. Mais Michael Jackson – himself – décide de revoir la copie. Il estime ne pas être prêt à sortir ces fameuses demos et préfère proposer du son neuf. Ainsi, il convoque will.i.am et Kanye West en studio pour revisiter quelques titres de Thriller. Le travail de ces jeunes producteurs se concentre uniquement autour de la production de plusieurs remixes qui seront livrés en complément de l’album original. Ça, et rien d’autre. Sony compte sortir le disque fin 2007, pour fêter les 25 ans de Thriller dans les temps, mais Michael demande un délai supplémentaire. Une version de Beat It avec Fergie arrive en catastrophe (sic) sur le tracklist. Au final, 5 remixes et un inédit… Et soudainement, certains fans regrettent les interviews de Jones et de Temperton.

Un an après la sortie de Thriller 25, quel bilan dresser ? Inutile de s’attarder sur le DVD, compilation poussive regroupant les 3 clips originaux et la performance légendaire sur Billie Jean au Motown 25. Aucun bonus à l’horizon et, pour des questions politiques bien sombres, le making of de Thriller finit par rester dans les coffres.

For All Time, la dernière piste du CD, est une balade dans la veine de Human Nature. Composé pendant les sessions de Thriller, ce titre a été enregistré à la fin des années 80, puis finalisé spécialement par Michael pour Thriller 25. Le message de MJ est clair : ad vitam eternam, Thriller est l’album le plus vendu de tous les temps. La pochette du disque nous le rappelle de façon assez pompeuse mais réaliste : « The World’s Biggest Selling Album Of All Time ».

Sans aucune surprise, les remixes 2008 de Thriller ne survivront pas à l’album original. The Girl Is Mine nouvelle version prend des airs de club-banger qui s’essouffle trop vite. Akon revisite Wanna Be Startin’ Somethin’ avec un MJ qui se décide à rechanter quelques lignes devant le micro (du coup ce n’est pas un remix, mais une reprise !). Ne serait-ce que sur ces deux exemples, le constat est sans appel : les classiques de Michael sont assaisonnés à la sauce Pimp My Ride : une sono saturée, avec une impression de saleté sur certains passages; un boom-tchak nocif aux oreilles qui supporte très mal la comparaison  – inévitable – avec le délice sonore cuisiné par Quincy Jones et de Bruce Swedien. Fergie et son Beat It 2008 drivé par will.i.am fait regretter le remix de Moby sorti en 1992. Seuls PY.T., bon enfant et usiné à partir de la demo découverte en 2004 sur le coffret The Ultimate Collection, et Billie Jean version Kanye West relèvent la barre. Son égo laissé au vestiaire et son talent au service de l’oeuvre originale, Kanye s’approprie le morceau et permet à Billie Jean de quitter ses trottoirs de ’82 pour découvrir les rues de 2008. Dépourvue de sa légendaire ligne de basse, la chanson revit grâce aux cordes enregistrées  – à l’époque – par Jeremy Lubbock et sublimées par le mix ingénieux de Kanye. Ajoutez à cela une maîtrise du beat et un respect de l’intensité dramatique du morceau et vous obtenez un remix audacieux et crédible. Une réussite du genre qui aurait gagné à être plus exploité en radio.

Au lieu de cela, Epic mise sur The Girl Is Mine et surtout Wanna Be Startin’ Somethin’. Il faut « vendre du disque » et jouer la carte de la sécurité, d’autant que Michael ne s’investit que trop timidement dans la promo de « l’album » : il annule son apparition aux Grammy Awards à la dernière minute et enregistre depuis Las Vegas un message pour les NRJ Music Awards, seul geste officiel vers son public pendant cette promo-fantôme. Malgré cette absence notoire du Roi de la Pop, finalement peu motivé à assurer le S.A.V d’une réédition gonflée de 5 remixes, Thriller 25 finit par se vendre à près de 3 millions d’exemplaires dans le monde. A un million près, c’est le score de Victory, dernier opus des Jacksons – au grand complet – sorti en 1984 en pleine Thrillermaina, ou encore celui de Blood On The Dance Floor, premier album de remix sorti en 97 pour soutenir la seconde partie du HIStory Tour. En 2008, vendre 3 millions d’un disque vieux de 25 ans relève de l’exploit. Michael Jackson reste incontestablement un gros vendeur. Il ne fait aucun doute qu’un « vrai » nouvel album serait accueilli comme il se doit par un grand public qui n’a jamais cessé de reconnaître son talent et son originalité.

Décliné en 3 belles versions CD et 1 somptueux pressage double vinyle (sans compter les nombreuses versions électroniques), Thriller 25 est avant tout un produit pour les masses. Si les fans se sentent lésés au passage, ils n’ont tout de même pas été totalement oubliés : un mini jeu de piste leur permet de découvrir la demo (solo) de The Girl Is Mine (CD single The Girl Is Mine 2008) et celle de Got The Hots (prévue sur l’édition de 2001 et annulée à la dernière minute, puis rajoutée en bonus track du pressage japonais de Thriller 25).

Toujours au Japon, le coffret Thriller Singles Collection donne aux complétistes l’occasion de mettre la main sur la bouillie sonore de Can’t Get Outta The Rain (variation de You Can’t Win pressée en face B de plusieurs 45T de l’époque comme Billie Jean et Thriller) et quelques versions singles en son CD. La boucle ne peut être bouclée sans évoquer l’arrivée des versions longues de Carousel et de Wanna Be Startin’ Somethin’ sur certaines éditions de la compilation King Of Pop. Sans oublier la série de reportages Thrillercast mis en ligne sur MichaelJackson.com et les remixes inédits produits dans les 90’s répartis sur des éditions pour chaînes de grands magasins américains.

Ne serait-ce que pour les quelques titres issus des sessions originales de l’album (Got The Hots, The Girl Is Mine Demo, Carousel et Can’t Get Outta The Rain), la cuvée Thriller 25 vaut largement celle de 2001. Lueur d’espoir à moyen ou long terme : il reste beaucoup de matos non exploité autour de cet album. Reste à savoir si les prochaines rééditions (oui, il y en aura) permettront d’ouvrir d’autres placards remplis de trésors.

Richard Lecocq – 26/02/2009

 

NOTE (Europe / USA) : 10/20

NOTE (Japon) : 15/20