Alexandra: L'album "Thriller" fête
ses 25
ans, qu'est-ce que cela t'évoque ?
Frédéric
Taddeï:
Thriller...
Album
de Michael Jackson...
Je
me souviens
très
bien quand c'est
sorti. Musicalement,
c'était
très
important et
très
réussi
grâce
à Michael
Jackson, mais
aussi grâce
à Quincy
Jones. Quincy
Jones n'est
pas un compositeur,
mais il a ce
talent d'arrangeur
qui a servi
la musique de
Jackson.
Thriller
est un album
très
important, et
très
original. Il
passait dans
toutes les boîtes
de nuit: tout
était
nouveau et cela
a admirablement
bien vieilli.
La
question est :
pourquoi, 25
ans plus tard,
Thriller reste
important ?
Ce n'est pas
tant sur le
plan musical,
car on en jugera
dans plusieurs
années,
comme l'on peut
constater aujourd'hui
que 200 ans
plus tard, la
musique de Mozart
est majeure.
L'importance
de Thriller
se situe bien
plus sur le
plan sociologique
et historique:
pour la première
fois, un noir
va vendre plus
de disques que
les blancs...
Et c'est Michael
Jackson qui
réalise
cela. Les noirs
ont créé
toute la musique
du 20ème
siècle :
le jazz, puis
le rock, le
rap et même
la musique électronique.
Mais à
chaque fois,
ce sont les
blancs qui l'ont
commercialisée
et exploitée.
Ce sont les
blancs qui ont
fait de grands
succès
avec la musique
noire : Presley
a été
choisi car il
avait une voix
de noir et qu'il
était
blanc, et -
donc - pouvait
vendre des disques
[aux blancs].
Jackson
est le premier
à renverser
la tendance,
et on va le
lui faire payer.
Tous les procès
qu'il va subir,
dans tous les
sens du terme,
correspondent
à une
véritable
vengeance des
blancs contre
ce noir. Je
ne livre pas
là une
vision paranoïaque,
je peux faire
un parallèle
avec Cassius
Clay (A/K/A
Mohamed Ali), premier
noir champion
du monde de
boxe (et depuis
lui plus un
blanc n'a été
champion des
lourds). Clay
lui aussi a
subi des procès
et a même
connu la vraie
prison suite
à son
insoumission
à la
guerre du Viet-Nam.
A:
Quel est ton
titre préféré ?
FT:
J'aime beaucoup
Thriller mais
je ne l'ai jamais
acheté.
Je ne l'ai pas
chez moi, je
considère
que c'est un
disque de boîte
de nuit, et
je ne me vois
pas l'écouter
chez moi - je
reconnais cependant
que c'est une
musique très
réussie.
Du coup, j'ai
beaucoup entendu
les titres connus
de Thriller
et mon choix
s'en ressent
forcément.
Dans
le succès
de Thriller,
et dans son
côté
novateur, il
y a le clip.
Il est le meilleur
dans ce domaine.
Il dispose de
beaucoup d'argent
mais, surtout,
il se permet
tout. Jackson
est un véritable
artiste. Même
s'il ne réalise
pas tous ses
clips, il ne
se laisse pas
embrigader dans
un projet qu'il
ne reconnaît
pas. C'est pour
cela que je
pense que tous
les clips que
nous voyons
de lui sont
bien "des
clips de Michael
Jackson".
Quel
titre je choisirais ?
J'aime beaucoup
Beat It, c'est
un morceau formidable
lorsqu'il est
interprété
par Michael
Jackson... Et
il reste un
titre formidable
dans à
peu près
toutes les versions
qui ont été
enregistrées.
C'est aussi
à cela
qu'on reconnaît
une bonne chanson:
quand les reprises
sont intéressantes.
A:
Est-ce que les
25 ans de Thriller
pourraient faire
l'objet d'un
débat
dans ton émission ?
FT:
Non, car
il se trouve
que dans "Ce
Soir Ou Jamais",
qui est l'émission
que j'anime
aujourd'hui,
je ne suis pas
très
porté
sur les commémorations
quelles qu'elles
soient. Je
suis dans la
compréhension
du monde d'aujourd'hui.
C'est ce qui
fait la différence
de cette émission:
la compréhension
du monde par
la culture.
Ce
qui est intéressant
dans les 25
ans de Thriller,
c'est de constater
que Michael
Jackson ne bénéficie
plus de l'aura
artistique qui
le caractérisait
alors. Il y
a eu entre temps
un procès
mémorable
qui a sûrement
éloigné
de Jackson des
gens qui l'aimaient
et qui ont pu
douter de son
génie
et de son talent.
Ce n'est pas
mon cas.
Je
n'ai jamais
pensé
qu il était
coupable de
ce dont on l'accusait. J'étais
sûr de son innocence
et j'avais écrit
un article à
ce sujet: j'avais
dit qu'il était
condamné
à 6 mois
de procès
- et il les
a eus. Ce dossier
contenait plus
de pages que
tous les condamnés
du tribunal
de Nuremberg.
Tout cela était
symbolique.
L'affaire ne
tenait pas debout.
Mais,
à la
limite cela
n'a aucune importance
car même
s'il était
coupable, cela
ne me poserait
aucun problème,
car un vrai
artiste reste
intéressant
en dépit
de ses travers...
Mais je sais
que beaucoup
de gens ne sont
pas d'accord
avec moi à
ce sujet. Mais
aujourd'hui,
même innocenté,
il reste un
voile de doute...
En
France quand
tu es une célébrité,
tu as peu de
chance de te
retrouver dans
un procès:
quand Johnny
Hallyday est
accusé
de viol, Bernadette
Chirac le défend
à la
télévision.
Aux Etats-Unis,
quand tu deviens
célèbre
les chances
de te faire
arrêter,
de te retrouver
accusé
d'un délit
et d'aller devant
la cour augmentent:
plus tu es célèbre,
plus tu as de
chance d'avoir
des ennuis... Et
si tu es noir,
cela augmente
cette probabilité.
Chuck Berry
est allé
en prison, idem
pour Cassius
Clay et James
Brown. Michael
Jackson, menacé
de prison, s'inscrit
dans cette lignée.
Les
critiques dirigées
contre lui s'apparentent
à des
vengeances.
On se venge
toujours des
grands artistes
par des considérations
morales et politiques
et Jackson n'échappe
pas à
la règle.
A:
Quelle question
souhaiterais-tu
poser à
Michael Jackson ?
FT:
Je serais
curieux de savoir
s'il partage
ces analyses,
qui n'engagent
que moi. J'aimerais
savoir par exemple
si le fait d'avoir
été
le 1er noir
à vendre
plus de disques
que les blancs
lui a créé
une satisfaction
d'ordre artistique
ou politique ?
Car je ne suis
pas sûr qu'il
y ait cette
vision politique
chez lui. Des
titres comme
Beat It, Thriller
et Bad traitent
de la rébellion.
Est-ce une rébellion
de show-biz
ou est-ce quelque
chose de plus
profond dissimulé
derrière du
spectacle et
de l'"entertainment" ?
Est-ce qu'il
a cette notion
de revanche
à l'instar
de Cassius
Clay: d'un coup,
un noir devient
LE champion
du monde...
Et il y avait
chez Clay une
pensée
politique qui
collait à
son époque...
Est-ce que ce
type [Jackson]
n'est que du
spectacle, ou
est-ce que derrière
se cache une
revendication,
une pensée ?
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