Frédéric Taddeï:

 

L'intervieweur de l'année 

 

évoque le disque du siècle

  

"Le premier noir à vendre plus de

disques que les blancs"

  

-Lieu interview: Paris/France Télévision

-Date interview: 10 janvier 2008

-Lieu photo: Strasbourg

-Date photo: 02 décembre 2007

 

Elu intervieweur de l'année par [CB News], Frédéric Taddeï reconnaît en Michael Jackson l'Artiste... Oui, Artiste avec un grand A !

 

Installé dans les locaux de France télévision, le journaliste livre ses réflexions sur Thriller et son singulier créateur: Michael Jackson.

 

Alexandra: L'album "Thriller" fête ses 25 ans, qu'est-ce que cela t'évoque ?

Frédéric Taddeï: Thriller... Album de Michael Jackson... Je me souviens très bien quand c'est sorti. Musicalement, c'était très important et très réussi grâce à Michael Jackson,  mais aussi grâce à Quincy Jones. Quincy Jones n'est pas un compositeur, mais il a ce talent d'arrangeur qui a servi la musique de Jackson.

Thriller est un album très important, et très original. Il passait dans toutes les boîtes de nuit: tout était nouveau et cela a admirablement bien vieilli.

La question est : pourquoi, 25 ans plus tard, Thriller reste important ? Ce n'est pas tant sur le plan musical, car on en jugera dans plusieurs années, comme l'on peut constater aujourd'hui que 200 ans plus tard, la musique de Mozart est majeure. L'importance de Thriller se situe bien plus sur le plan sociologique et historique: pour la première fois, un noir va vendre plus de disques que les blancs... Et c'est Michael Jackson qui réalise cela. Les noirs ont créé toute la musique du 20ème siècle : le jazz, puis le rock, le rap et même la musique électronique. Mais à chaque fois, ce sont les blancs qui l'ont commercialisée et exploitée. Ce sont les blancs qui ont fait de grands succès avec la musique noire : Presley a été choisi car il avait une voix de noir et qu'il était blanc, et - donc - pouvait vendre des disques [aux blancs].

Jackson est le premier à renverser la tendance, et on va le lui faire payer. Tous les procès qu'il va subir, dans tous les sens du terme, correspondent à une véritable vengeance des blancs contre ce noir. Je ne livre pas là une vision paranoïaque, je peux faire un parallèle avec Cassius Clay (A/K/A Mohamed Ali), premier noir champion du monde de boxe (et depuis lui plus un blanc n'a été champion des lourds). Clay lui aussi a subi des procès et a même connu la vraie prison suite à son insoumission à la guerre du Viet-Nam.

 

A: Quel est ton titre préféré ?

FT: J'aime beaucoup Thriller mais je ne l'ai jamais acheté. Je ne l'ai pas chez moi, je considère que c'est un disque de boîte de nuit, et je ne me vois pas l'écouter chez moi - je reconnais cependant que c'est une musique très réussie. Du coup, j'ai beaucoup entendu les titres connus de Thriller et mon choix s'en ressent forcément.

Dans le succès de Thriller, et dans son côté novateur, il y a le clip. Il est le meilleur dans ce domaine. Il dispose de beaucoup d'argent mais, surtout, il se permet tout. Jackson est un véritable artiste. Même s'il ne réalise pas tous ses clips, il ne se laisse pas embrigader dans un projet qu'il ne reconnaît pas. C'est pour cela que je pense que tous les clips que nous voyons de lui sont bien "des clips de Michael Jackson".

Quel titre je choisirais ? J'aime beaucoup Beat It, c'est un morceau formidable lorsqu'il est interprété par Michael Jackson... Et il reste un titre formidable dans à peu près toutes les versions qui ont été enregistrées. C'est aussi à cela qu'on reconnaît une bonne chanson: quand les reprises sont intéressantes.

 

A: Est-ce que les 25 ans de Thriller pourraient faire l'objet d'un débat dans ton émission ?

FT: Non, car il se trouve que dans "Ce Soir Ou Jamais", qui est l'émission que j'anime aujourd'hui, je ne suis pas très porté sur les commémorations quelles qu'elles soient. Je suis dans la compréhension du monde d'aujourd'hui. C'est ce qui fait la différence de cette émission: la compréhension du monde par la culture.

Ce qui est intéressant dans les 25 ans de Thriller, c'est de constater que Michael Jackson ne bénéficie plus de l'aura artistique qui le caractérisait alors. Il y a eu entre temps un procès mémorable qui a  sûrement éloigné de Jackson des gens qui l'aimaient et qui ont pu douter de son génie et de son talent. Ce n'est pas mon cas.

Je n'ai jamais pensé qu il était coupable de ce dont on l'accusait. J'étais sûr de son innocence et j'avais écrit un article à ce sujet: j'avais dit qu'il était condamné à 6 mois de procès - et il les a eus. Ce dossier contenait plus de pages que tous les condamnés du tribunal de Nuremberg. Tout cela était symbolique. L'affaire ne tenait pas debout.

 

Mais, à la limite cela n'a aucune importance car même s'il était coupable, cela ne me poserait aucun problème, car un vrai artiste reste intéressant en dépit de ses travers... Mais je sais que beaucoup de gens ne sont pas d'accord avec moi à ce sujet. Mais aujourd'hui, même innocenté, il reste un voile de doute...

 

En France quand tu es une célébrité, tu as peu de chance de te retrouver dans un procès: quand Johnny Hallyday est accusé de viol, Bernadette Chirac le défend à la télévision. Aux Etats-Unis, quand tu deviens célèbre les chances de te faire arrêter, de te retrouver accusé d'un délit et d'aller devant la cour augmentent: plus tu es célèbre, plus tu as de chance d'avoir des ennuis... Et si tu es noir, cela augmente cette probabilité. Chuck Berry est allé en prison, idem pour Cassius Clay et James Brown. Michael Jackson, menacé de prison, s'inscrit dans cette lignée.

  

Les critiques dirigées contre lui s'apparentent à des vengeances. On se venge toujours des grands artistes par des considérations morales et politiques et Jackson n'échappe pas à la règle.

 

A: Quelle question souhaiterais-tu poser à Michael Jackson ?

FT: Je serais curieux de savoir s'il partage ces analyses, qui n'engagent que moi. J'aimerais savoir par exemple si le fait d'avoir été le 1er noir à vendre plus de disques que les blancs lui a créé une satisfaction d'ordre artistique ou politique ? Car je ne suis pas sûr qu'il y ait cette vision politique chez lui. Des titres comme Beat It, Thriller et Bad traitent de la rébellion. Est-ce une rébellion de show-biz ou est-ce quelque chose de plus profond dissimulé derrière du spectacle et de l'"entertainment" ? Est-ce qu'il a cette notion de revanche à l'instar de Cassius Clay: d'un coup, un noir devient LE champion du monde... Et il y avait chez Clay une pensée politique qui collait à son époque...

Est-ce que ce type [Jackson] n'est que du spectacle, ou est-ce que derrière se cache une revendication, une pensée ?

  

 

 

Audio:

- Interview: quelle question souhaiterais-tu poser à Michael Jackson?

- Titre choisi par Frédéric Taddei: Beat It

 

TV: Ce Soir Ou Jamais

du Lundi au Jeudi - France 3 - 23h25

 

Radio: Regarde les Hommes Changer

du Lundi au Vendredi - Europe 1 - 15h/ 16h

 

 

Photos + Interview: Alexandra Justamente

Texte: Alexandra Justamente / Richard Lecocq

Design: MJ data bank / Alexandra Justamente

Mise en page: MJ data bank

(C) 2007, 2008 Alexandra Justamente / MJ data bank

 

 

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